Le Congo se saigne pour financer sa propre guerre

Child miners in eastern DR Congo, July 2010. Courtesy: The Enough Project.
Child miners in eastern DR Congo, July 2010. Courtesy: The Enough Project.

Le M23, armé et soutenu par le Rwanda, a transformé l’Est du Congo en machine à cash. Coltan, taxes, checkpoints : voici comment la guerre s’autofinance, sur le dos de millions de Congolais.

Imaginez : vous êtes commerçant à Goma. Vous payez une taxe pour faire entrer votre marchandise en ville. Une autre pour la vendre. Une autre encore si vous voulez juste enregistrer votre boutique. Et en face de vous, ce n’est plus l’État congolais qui encaisse — c’est le M23.

Depuis qu’il a pris Goma puis Bukavu en 2025, le mouvement rebelle soutenu par le Rwanda ne se contente plus de faire la guerre : il gouverne, taxe, administre. Une enquête approfondie de The New Humanitarian (septembre 2026) lève le voile sur cette économie de guerre qui asphyxie des millions de Congolais pendant qu’elle enrichit ceux qui l’ont créée.

Comment le M23 finance la guerre

Payer pour tout, même pour survivre

Camions aux checkpoints, motos-taxis, commerces, particuliers, ONG humanitaires : tout le monde passe à la caisse. Ces petites taxes, mises bout à bout, financent une véritable administration parallèle — police, justice, douanes. Un ancien expert de l’ONU sur la RDC parle sans détour de « gouvernance criminelle » : les civils n’ont pas le choix, ils financent un groupe pourtant sous sanctions internationales, juste pour continuer à vivre normalement.

Et ça ne s’arrête pas aux taxes. Dans certaines zones, on demande aux habitants de décharger des camions, réparer des routes, ou céder une partie de leur récolte. Pendant ce temps, les banques ont fermé, les salaires sont gelés, l’aéroport de Goma est à l’arrêt. Un commerçant local résume la situation : après la « libération » promise par le M23, la réalité économique est pire qu’avant la guerre.

Le coltan de vos téléphones

L’autre nerf de la guerre, ce sont les minerais. Le site de Rubaya — l’un des plus gros gisements de coltan au monde, ce minerai indispensable à nos smartphones et ordinateurs — est sous contrôle du M23 depuis 2024. Selon des experts de l’ONU, cela rapporterait au groupe environ 800 000 dollars par mois, soit près de 10 millions par an, rien qu’en taxes sur le coltan. Une entreprise chinoise a même déclaré avoir perdu environ 70 millions de dollars d’or dans une mine du Sud-Kivu, pillée par les rebelles.

Une grande partie de ces minerais file ensuite vers le Rwanda, où elle est mélangée à la production locale, ré-étiquetée « made in Rwanda », puis vendue sur les marchés mondiaux. Résultat : le Rwanda est devenu le premier exportateur mondial de coltan… alors qu’il n’en produit presque pas chez lui.

Le vrai prix, c’est le peuple congolais qui le paie

Pris en étau entre le blocus économique de Kinshasa et les taxes du M23, les Congolais de l’Est n’ont plus de banques, plus de travail stable, plus de perspectives. Pendant ce temps, les profits, eux, coulent — vers les caisses du M23, vers Kigali, vers les industries électroniques du monde entier.

C’est exactement ce que dénonce CAYP depuis 2013

C’est précisément ce cycle — l’exploitation des ressources congolaises au service de la guerre et de la mort — que la Congolese Action Youth Platform (CAYP) a choisi de mettre en lumière en créant la campagne GENOCOST à Londres en 2013. Notre mission n’a jamais changé : documenter, sensibiliser et mobiliser pour que le monde reconnaisse enfin ce que traverse l’Est de la RDC depuis plus de trois décennies pour ce qu’il est — un génocide économique, où les richesses du sous-sol congolais financent, encore aujourd’hui, la souffrance de son propre peuple.

Chaque article comme celui-ci confirme ce que CAYP répète depuis plus de dix ans : tant que le silence international se paiera en indifférence, le sang congolais continuera de couler pour le confort numérique du reste du monde.

Source : Patricia Huon, « How Rwanda-backed M23 rebels finance their war in DR Congo », The New Humanitarian, 14 septembre 2026.

Lire l’article complet sur thenewhumanitarian.org

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